J’ai lu « Aimer son corps » de Jean-Claude Kaufmann

J’ai lu « Aimer son corps » de Jean-Claude Kaufmann

Chose promise, chose due !

Voici une lecture dont je ne suis pas ressortie tout à fait indemne…

Ne vous fiez pas au titre, l’auteur ne nous apprend pas à aimer notre corps. Tout au long du livre, ce dernier souligne les différentes visions du « corps idéal » et pointe du doigt les causes de cette obstination pour un corps toujours plus mince et des fesses toujours plus bombées.

Résumer ce livre sous forme d’article est un travail qui m’est extrêmement difficile. Je dois en prendre et en laisser. Or, absolument toutes les pages ont leur importance.

Allez, I can do it 💪

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Y A-T-IL UN CORPS IDÉAL ?

Vraisemblablement non. Dès le début du livre, on comprend qu’il n’y a pas un corps idéal mais bel et bien des corps idéaux selon le pays, l’époque, les vagues oppositionnelles et le sexe de la personne qui soumet sa vision de la silhouette parfaite.

●   En Amérique latine, les gens raffolent des rondeurs, notamment au niveau du postérieur. Pas question d’onduler autour de son partenaire de Bachata avec des fesses plates ! On n’hésite pas à sortir le slim pour orienter le regard vers cet atout de séduction galbé et bien en chair.

●  En France, on fait face à une tout autre réalité. Le corps rêvé des femmes ressemble à un S, ce qui implique un ventre plat (pour faire ressortir les seins et les fesses). Tiens les fesses, parlons-en ! Selon le plus grand nombre, il y aurait une définition très précise de la fesse idéale que je ne peux m’empêcher de vous partager.

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Fesse parfaite : « La fesse parfaite doit être plus ou moins bombée, tonique, ferme et musclée, s’accompagne de jambes fines et galbées, a une forme ronde, présente un bon maintien, ne présente pas de pli, n’a pas de cellulite visible, est mise en valeur par une cambrure marquée et est bien proportionnée parmi le reste du corps. » *

* copié/collé d’un post forum dédié à la quête de minceur

Rien que ça !

Jean-Claude Kauffman explique que les françaises sont à la pointe de ce rêve fou qui, tout en affinant la silhouette, augmente la haine de son propre corps.

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●  L’auteur affirme que les hommes sont, en majorité, beaucoup plus conciliants. Lors d’une enquête sur la plage, ce dernier a été frappé par la différence de regard entre hommes et femmes. La gente masculine se montrait tolérante, bon public, facilement enthousiaste mais peu regardante sur les détails esthétiques; alors que le jugement des femmes était beaucoup plus tranché (les vilaines !!). Il faut dire, plus l’estime de soi se fragilise, plus le regard sur les autres se fait dur (aïe…).

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DIFFÉRENTS FACTEURS

Tout au long du livre, Jean-Claude Kauffman souligne les différents facteurs à l’origine de cette quête à la minceur perpétuelle. Certains sont sans surprise, d’autres sont plus méconnus (mais bien réels) :

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1.  Le rôle des images et la structuration de l’univers de la mode : L’auteur pointe du doigt le critère de recrutement des mannequins lors de défilés. Toujours plus squelettiques, toujours plus fades, toujours plus mourantes. Les propos de Karl Lagerfeld m’ont d’ailleurs littéralement révoltée : « Vous avez de grosses bonnes dames assises avec leur paquet de chips devant la télévision qui disent que les mannequins minces son hideux. Dans la mode, personne ne veut voir des femmes rondes ». Ses grosses lunettes teintées (qui lui servent de cache-misère) sont-elles correctrices ? On lui demande seulement de remplacer des ovnis par des femmes… C’est quand même pas si dur, si ?

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2.  Les conseils des médecins dès 1920 : Les médecins ont constaté que les excès de graisse pouvaient être néfastes pour la santé. Dès lors, ils se sont mis à publier des guides pour maigrir dans les magazines de mode. Non pour la beauté, non pour la distinction sociale, mais pour la santé. C’était sans savoir qu’une obsession normative autour du surpoids allait se diffuser. Être mince n’est plus seulement synonyme de bonne santé, c’est un facteur clé de réussite sociale. Contrôler son poids implique une maîtrise de soi, et donc, est une forme d’intelligence. À l’inverse, les personnes plus volumineuses sont trois fois plus stigmatisées car en plus d’être lourdes, laides et indistinguées, elles sont méprisées car jugées incapables de maîtriser leur existence.

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3. L’émancipation féminine dans les années 1960 : En 1960, on juge que trop de seins et de fesses nuisent à l’égalité. La liberté s’élargissait à mesure que les formes se faisaient plus modestes. Moins de fesses donnait la possibilité de bouger, d’oser les maillots de toutes sortes. Alors que les courbes, en accrochant le regard, incitaient à manifester plus de réserve, à se rhabiller, à demeurer statique. La silhouette filiforme rendait tout plus facile.

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Voilà comment, à travers de nombreuses variations historiques, le désir de minceur est monté en puissance. Jean-Claude Kauffman qualifie ce mouvement de piège collectif impossible à inverser.

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DES ANECDOTES BOULEVERSANTES

Tout au long de ma lecture, j’ai été confrontée à de troublantes révélations. Alors, je vais procéder de la manière suivante :

Le saviez-vous ?

  1. Certaines filles prennent des suppositoires à base d’huile de poisson pour avoir un postérieur similaire à celui de Nicki Minaj.
  2. D’autres préfèrent s’introduire le cube Maggi par voie anale (oui oui, le cube de graisse et d’aromates, celui qu’on jette dans la casserole pour faire un bouillon…)
  3. Les filles faisant partie du clan « marre de mes grosses fesses » se les frottent rageusement pour les faire disparaître.
  4. Une agence de mannequins a été prise en flagrant délit de racolage aux alentours d’une clinique pour anorexiques (tiens tiens, il fait moins le malin le petit Lagerfeld…)

Oui, je sais, c’est pathétique. L’auteur nous avait prévenu en préface : « J’invite le lecteur à me suivre, sans être troublé par la diversité des paysages que nous allons traverser ». C’était peu dire !!

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LA BEAUTÉ SELON L’AUTEUR

Pour conclure, Jean-Claude Kauffman anticipe les questions que les journalistes s’apprêtent à lui poser lors de la promotion de son livre.

Il image l’interrogation suivante : « Pouvez-vous nous faire part de vos goûts personnels ? »

Et sa réponse mérite que l’on s’y attarde :

« Cette histoire de goûts personnels est d’une bêtise sans fin car elle provoque un enfermement des émotions et de la pensée ! (…) Comment voulez-vous découvrir la beauté, qui est toujours ailleurs, toujours différente, si vous vous fixez des oeillères ? Préférer les blondes ou les brunes, c’est totalement ridicule, comme décider que l’on a de regard que pour des fesses calibrées au millimètre près. Il existe une grâce de la sveltesse, et une grâce des rondeurs pleines. La beauté est partout. »

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MA POSITION

Vous devez vous dire que je fais moi-même partie de ces femmes en quête d’un corps ferme, mince et élancé. Ce que je conçois tout à fait puisque la pratique du fitness et l’adoption d’un mode de vie sain sont des thèmes que j’aborde au quotidien à travers mon blog et les réseaux sociaux.

J’ai bel et bien eu l’intention de m’affiner et de me tonifier dans le but de me sentir mieux. Cette disposition a-t-elle été inconsciemment provoquée par les facteurs mentionnés plus haut ? Je n’en ai pas la moindre idée.

Ceci dit, je n’ai jamais eu recours à des méthodes farfelues pour espérer ressembler à des « stars » bourrées d’implants, de prothèses ou d’organes artificiels. La pratique d’une activité physique régulière m’a bien plus séduite et continue de provoquer en moi une satisfaction incommensurable.

Comme conclut l’auteur, la beauté est dans le regard de celui qui sait la voir. Elle est différente, singulière et ne connaît pas la norme. On ne choisit pas de mincir pour avoir plus de charme, mais pour se sentir mieux. Je n’estime pas être plus belle aujourd’hui qu’il y a 2 ans, seulement plus confiante. Jean-Claude Kauffman ne s’est malheureusement pas attardé sur cette distinction qui me semble essentielle.

Ce livre m’a néanmoins charmée; je ne peux, naturellement, que vous le suggérer.

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La beauté commence là où vous décidez d’être vous-même ! 

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